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 wonderwall.

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MessageSujet: wonderwall.    Mer 18 Jan - 13:54

Wonderwall. - Oasis (1995)
/ avec misia sacramoni /


Il agace le bord de son t-shirt avec les ongles. Autour de son index, il enroule et déroule un fil vert, élimé, qui doit appartenir à l’ourlet industriel ; il cède jour après jour à ses manies, et aux petites mécaniques de son esprit oblique. La plupart du temps, Elliot n’y pense pas (et ça, en premier lieu, car s’en rendre compte est très pénible pour l’âme). Ses mains possèdent leur propre vie, une conscience, un instinct, des habitudes. Ses yeux, quant à eux, fouillent la demi obscurité de l’aube. Quand il se concentre, il peut nettement entendre les battements de son coeur. Le rythme est régulier, posé. Alors il cale sa respiration dessus, et il écoute le silence – moins les conversations qui agitent le dehors. C’est un bruit de fond, un décor diffus, qui lui rappelle que le silence total est dangereux en soi, de bien pire augure que les éclats de voix ou les tirs dans la nuit. Dans le couloir du cabinet médical presque désert, entre les pièces étroites et les salles baignées de pénombre, Elliot se sent tranquille. Se tient tranquille. C’est un état précaire, qu’il soigne en ressassant inlassablement les mêmes prières, les mêmes invocations, des rites primitifs qui ne font une religion supportable que pour lui. Ça l’aide à descendre de son lit, à sortir de sa chambre. Parce qu’il sait qu’il n’est plus protégé, de rien, et qu’il doit réapprendre à marcher, se tenir droit, sortir. À être avec les autres. Et tant pis pour ses articulations (celles de son corps et puis celles de sa tête), la douleur qui le lance, sa peur du noir, des gens, du vide, de la solitude et de la foule. Pas après pas dans le corridor, l’agitation de son myocarde est cadencée. Il lui dit quand et comment avancer, pourquoi se redresser, de serrer un baluchon de ses affaires contre sa poitrine, et de sortir.

Elliot est superstitieux. Et, s’il ne l’était pas, sa vie s’en chargerait.

Dans la coursive, il se ramasse dix mètres avant la porte. Il ne se fait même pas mal, parce que sa paume heurte le dossier d’une chaise et le rattrape. Lorsqu’il dresse le crâne, et le regard, ses rétines entrent par l’interstice. On ne voit pas grand-chose de la chambre, parce qu’il fait sombre et que le battant presse l’embrasure. Mais ses billes s’accrochent à la veste en cuir, suspendue là, comme destinée à ce qu’il la voit. Il la reconnaît tout de suite. Par réflexe, il passe la main dans l’ouverture. Il n’est pas censé faire ça. Il n’est même pas censé être là. Mais le blouson est à Misia. Elle est là. Et ça frotte douloureusement dans la poitrine d’Elliot. Alors ses genoux frottent pareil sur le sol et il lâche le bordel de tissus qui font tous ses effets personnels. Il n’imagine même pas qu’elle est là pour quelqu’un d’autre. Ça se peut. Si, ça se peut. Il ne se procure l’idée qu’une fois entré, et droit, et con, sur le seuil de la chambre. « Sergent ?... » Ça lui coule de la bouche, pas plus téméraire que si c’était une complainte. Elliot voudrait le ravaler. N’avoir rien dit. Et partir. Sortir. Mais il aimerait savoir, aussi. Et le dire plus fort. Être rassuré, savoir qu’elle va bien, qu’elle est plus forte que lui, plus forte que tout. Invulnérable, comme il se l’imagine. La stupide petite créature scrute l’obscurité, pas fichu de bouger, le coeur soudain remonté dans la gorge. « Sergent, ça va ? » Il s’applique tellement à la voir, à vérifier que c’est bien elle, qu’Elliot sursaute quand elle gigote parmi les draps. « P-pardon, il croasse aussitôt. » Et puis ses semelles trainent sur le perron, à vouloir détaler et rester pour toujours. « Pardon, il répète après une fraction de seconde. Je. » Ta gueule. Ça lui fait fermer son clapet. Puis fermer les yeux un moment, aussi. Tout à coup, il ne sait plus bien ce qu’il fout dans la chambre de celle qui lui fout la quiétude cardiaque en l'air et qui appelle Sergent. Depuis quand ? Depuis toujours, il croit. Depuis qu'elle lui a sauvé la vie, et qu'il n'ose pas tellement la regarder dans les yeux.
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INSCRIPTION : 16/12/2016
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IDENTITÉ : Arté, Agathe
FACECLAIM : morena baccarin, alfons-bb <3 (code sign©neon demon / gif©peterparker / bann bidon©arté)
MULTILINKS : la reine du squat, naine rouquine bigleuse (Queenie) + la psychopathe au crochet (Imogen)
POINTS : 1599

STATUT CIVIL : elle a besoin de lui, de ses bras, de leur langage germano-italo-américain, d'eux, pour tenir (#power couple zero chill)
ANCIEN MÉTIER : opératrice radio de l'armée américaine qui était présente à Sherwood avec son unité et a entendu en même temps que son supérieur l'ordre d'abandonner les civils. obviously, elle est restée.
PLACE DANS LE CAMP : DEPUIS LA PRISE DE POSSESSION DU CAMP PAR ECHO : Misia a été balancée au gardiennage d'enfants, le lieu le plus loin des armes à feu possible, et le plus loin de tout en fait. Elle enrage, ronge son frein, vomit régulièrement et essaie de paraître normale auprès des mioches qui lui ont été collé dans les mains. Niveau fiabilité : 10/20. (AVANT : a commencé dans la brigade de surveillance extérieure, devenue par une suite logique d'événements bras droit du chef de la sécurité depuis avril 2016 / supervise en particulier la brigade de surveillance externe, en tant qu'ancienne)
HABITATION : Higgins Hill, #11 (w/ alf, javi, thomas, swan et maxou)
ARME DE PRÉDILECTION : Plus d'arme, plus rien que ses poings et ses pieds. Autant dire qu'elle est pas très heureuse de tout ça. (AVANT : un micro-uzi, mais cette merde s'enraye de temps en temps ; sinon une pelle qu'elle a améliorée joyeusement pour en faire une arme de choix, si si.)
ÂGE : trente-huit ans (depuis le 17 février, youpi, les gens d'Echo lui ont vraiment fait un beau cadeau d'anniversaire en retard)


MessageSujet: Re: wonderwall.    Jeu 19 Jan - 9:23

À un moment, va falloir arrêter les conneries, sergent.
C’est ce que lui avait dit son chef de division en Irak, peut-être un mois ou deux avant qu’elle soit blessée pour de bon. Les conneries, à ce moment-là, n’étaient pas bien méchantes : en tant qu’opératrice radio, elle risquait pas trop sur le terrain normalement, parce qu’elle n’était pas en avant-garde. Sauf que ce sens du devoir et l’arme qu’elle avait dans les mains la poussaient à se croire intouchable, et donc à braver les dangers alors qu’on voulait qu’elle garde son cul vissé à son supérieur, et pas qu’elle aille jouer au héros. Bon, elle avait été blessée alors qu’ils étaient en route, dans un véhicule sécuritaire. La bonne blague.

Mais quand même. Faudrait arrêter les conneries avant qu’il soit trop tard, là, parce qu’à ce rythme, elle va rendre l’âme de façon bien trop précoce pour que ça soit acceptable.

C’est l’évocation de son grade qui la tire d’une torpeur à moitié endormie. On l’appelle ainsi, enfin ça doit être elle qu’on cherche avec ce « Sergent ? » qui sonne plus comme une hypothèse qu’une certitude, au départ. Les paupières se détachent et dévoilent un espace plongé dans la pénombre à peine percée par un rai de lumière venant d’une porte entrebâillée.
Elle est sur un lit qui n’est pas le sien, trop étroit, trop blanc, encadrée de rampes qui doivent probablement aider les malades à se hisser en position assise. C’est la première certitude qu’elle a, là, pas encore capable d’analyser vraiment ce qu’elle fout là. « Sergent, ça va ? », on demande de nouveau, et la nuque vrille tandis que les yeux cherchent la silhouette qui l’interpelle. Bien sûr que non, ça va pas, qu’est-ce qu’elle fout dans une chambre d’infirmerie, putain de bordel ?!

Le vieil arrière-goût de merde lui colle au palais et ce n’est que quand elle se met à gigoter et essaie de se hisser au-dessus du matelas que le corps entier geint, tire, bref que la douleur se réveille et qu’elle en gémit un chapelet de jurons qui s’entremêlent et refusent de se distinguer les uns des autres, laissant son dos retomber contre le matelas, les dents serrées, la volonté de fer qui se heurte au mal interne. La silhouette anonyme n’est toujours pas partie et ce n’est pas dans la pénombre que la blessée va comprendre à qui elle a affaire. Et pourtant. Ça balbutie. Ça bute sur des excuses. « P-pardon, — Pardon, — Je. » Elle reconnaît la voix, la silhouette incertaine, l’hésitation. « Rover ! », rugit-elle d’une voix rauque, tandis que le buste se dresse et que les couvertures glissent pour laisser apparaître des marques de contusion et des plaies refermées sur ses bras et à la base de son cou, le reste de son corps dissimulé sous un ample t-shirt gris. Elle, elle voit pas ça encore, mais elle les sent, tous ces morceaux de corps qui la tirent, l’écorchent, l’amènent à serrer les poings et les dents alors que les souvenirs reviennent avec le reflux de la marée mémorielle. Pourquoi est-il là ? Savait-il qu’elle avait été rapatriée ici ? Ou bien était-il lui même installé à l’infirmerie pour d’autres histoires ? Un pincement au cœur de la brune marque la montée de son inquiétude à l’égard du sevré de force.

À un moment, va falloir arrêter les conneries, sergent.

C’est marrant, hein, cette foutue affirmation qui lui revient en mémoire alors qu’elle revoit défiler sous ses yeux ce qu’elle a pris pour sa vie. Des bribes d’un passé sur lequel elle refuse de s’appesantir, les billes accrochées au jeune homme près de la porte. Assise et voûtée, les bras sous tension, les doigts recroquevillés en deux poings agrippés aux barreaux métalliques qui encadrent la tête de lit, les cheveux épars et emmêlés, l’ancienne transmettrice ne quitte pas du regard son protégé. Le timbre est plus doux, encore un peu enroué lorsqu’elle reprend : « Qu’est-ce que— » Elle s’éclaircit la voix, chasse le chat dans sa gorge. « Qu’est-ce que tu fais là, Elliot ? Tu venais me voir ? », c'est demandé avec un micro-sourire en coin, un rictus de façade. Elle n’y croit qu’à moitié, elle demande quand même, craignant qu’il ait été blessé aussi. À ce moment, sa connerie majeure, c’est de ne pas prêter attention à la sensation carmin qui irradie dans tout son corps et devrait lui signaler qu’elle ferait mieux de s’allonger de nouveau, que ses plaies ne sont pas du tout encore bien refermées, pas suffisamment, et qu’elle est encore en train de faire des conneries. Sa connerie majeure, c’est de le faire passer avant elle, sans se soucier des coups, des cris, des conséquences.

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MessageSujet: Re: wonderwall.    Sam 21 Jan - 18:53

À son nom (pas spécialement clinquant dans l’air), Elliot se fige. Ses chevilles n’ont plus du tout l’air de vouloir le porter, et il tressaille à mesure qu’elle se redresse parmi le tas de couvertures. Mentalement, il cherche s’il doit s’excuser – encore, et de quoi en premier. Son réflexe liminaire, quoi qu’idiot et parfaitement intrusif, était bienveillant. Et même s’il le voit de ses propres yeux, il ne saurait pas dire si elle va bien, ou si cet état apparent est susceptible de s’en approcher. Assez naïvement, il imagine que de la voir consciente, capable de respirer et de parler est suffisant en soi. Pour lui, ça a souvent suffi. Et cette femme est cent fois plus forte que lui. Mécaniquement, sa présence dans la chambre, alors qu’il fait encore nuit et que personne ne rôde autour, est déplacée. « Faut rester allongé, sergent… » D’abord, ça ne sert à rien de se tasser et de s’asseoir pour lui. Et puis on le lui a seriné, quand il récupérait la carnation naturelle de sa peau, la motricité de ses membres et le contrôle de son sang. Il ne sait pas vraiment pourquoi il faut à ce point demeurer allongé, mais il a l’impression que c’est important. Vital, sans doute. Alors il regrette un peu son timbre tiède, qui ne voulait rien commander à Misia Sacramoni mais la protéger néanmoins. En pure perte, parce qu’elle n’écoute rien. Il regrette plus fort la pudeur de son ton.

« Qu’est-ce que tu fais là, Elliot ?
- Oh, je.
- Tu venais me voir ? »

Il boucle immédiatement la bouche. D’abord, il croit devoir fournir une explication acceptable. Et le faire rapidement. Et, finalement, Elliot perçoit les choses différemment. C’est ce qu’elle croit vraiment, ou elle le lance pour dissiper la possibilité, comme ça, au hasard ? Et qu’est-ce qu’elle préfèrerait ? Il se sent toujours prêt à mentir, à arranger la vérité. Ce n’est pas qu’il ait vraiment peur de la contrarier, mais il détesterait le faire. Et puis, si, il a peur. C’est comme cette façon débile de lui parler. Sergent. Sergent. Sergent. Elle a un prénom et un nom et, depuis la purge de ses veines et poumons, il les a consciencieusement appris, retenus, ancrés profondément en lui. Il rechigne cependant à s’en servir. Il opte toujours pour des formules compliquées, qui n’impliquent ni de la tutoyer ni de la vouvoyer. La plupart du temps, Elliot a conscience qu’elle est ce qu’il a de plus proche, de plus familier, de plus intime. Pas qu’il sache grand-chose d’elle ou qu’elle en sache beaucoup sur lui, mais parce qu’elle a tout vu de sa silhouette au fond de l’abîme, de son esprit éclaté au fond du gouffre. « Oui. » Elliot. « Non. » Confusément, il rit à voix basse, de sa propre idiotie et du léger sourire qu’il a glané au coin des lèvres de Misia. Il ne sait pas pourquoi, ça déverrouille quelque chose. Une autorisation à mieux respirer. Un permis d’arrêter de mourir, d’arrêter de pourrir de l’intérieur, et de se torturer. Pendant quelques secondes, il ne dit plus rien. Il se sent ridicule, mais ça va : il n’est pas en danger quand il est avec elle. « J’avais quelques égratignures… » D’un geste de la paume, il désigne le couloir, et le restant du bâtiment. « Je sortais, en fait. » À la lisière de l’affabulation, il ne juge pas utile d’évoquer le neuf de novembre, le camp d’Echo, son passage à tabac, et les semaines qui ont suivi. Il était déjà rétabli depuis longtemps. Et c’est ce qui l’égratigne le plus férocement ; à la voir dans ce lit, et sans qu’il sache la raison pour laquelle elle est là, Elliot sait bien qu’il aurait du être parti depuis des jours. Comme y penser, c’est penser à Mercy Finch, il repousse tout à la bordure de son esprit. « Je savais pas que vous étiez là. » Il a l’air piteux en le disant, alors qu’il n’avait aucun moyen de le savoir. « Je suis désolé. » Désolé de l’ignorer. Désolé qu’elle soit blessée. Désolé d’être entré. Et désolé de seriner : « Mais faut rester allongé, sergent. » Quoi qu’un peu plus définitif, le timbre manque de conviction, d’assurance, de fermeté. Alors, pour se renforcer, il ajoute : « C’est pas moi qui le dis, sergent, c’est le docteur Reinhart. »
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MessageSujet: Re: wonderwall.    Mar 24 Jan - 17:05

«Oui. … Non. » Elle rit avec lui, doucement, le relance d’une voix plus faible : « Alors ? » Pas sûre qu’il l’ait entendue, toujours cramponnée plus qu’il ne le faudrait aux barreaux autour de la moitié supérieure du lit. Il se décide enfin à expliquer, quoiqu’il n’y ait peut-être que dix, vingt secondes qui se soient écoulées. « J’avais quelques égratignures… Je sortais, en fait. » Elle fronce les sourcils, hoche la tête, consciente de ce qu’il s’était passé pendant cette foutue journée de merde. La sensation d’être écorchée vive se poursuit mais elle ne lâche pas. Parce que si elle ouvre ses mains, déjà, si elle décrispe ses doigts, elle va s’abattre sur le matelas, et tout moelleux qu’il était à sa conception, il a déjà vécu, et l’accueillera sans douceur.
Oui oui, quelqu’un lui a déjà dit qu’il fallait qu’elle arrête les conneries.

« Je savais pas que vous étiez là. » Elle serait en meilleur état, elle hausserait les épaules, mais vu qu’elle est déjà crispée, elle est pleinement consciente que ça ne ferait probablement que réveiller son nerf douloureux au niveau de l’épaule droite. « Je suis désolé. » T’en fais pas, elle voudrait le rassurer, mais il ne lui en laisse pas le temps, vu qu’il lui dit ce que tout médecin pourrait lui dire -mais les écouterait-elle ? rien n’est moins sûr. « Mais faut rester allongé, sergent. C’est pas moi qui le dis, sergent, c’est le docteur Reinhart. » Elle ricane à l’emploi de l’argument d’autorité du petit fourbe. Elle voudrait bien lui signaler qu’Alicia peut se carrer ses conseils de guérison up her arse, qu’elle a d’autres priorités dans la vie, plutôt que rester allongée dans un lit. Le problème, c’est que sa cage thoracique s’emballe, que le nerf de l’épaule droite se tend trop et PAF, douleur lancinante qui lui arrache un juron italien bien senti alors qu’elle se cramponne d’autant plus, comme si sa vie en dépendait. « Elliot, va me falloir de l’aide. » Un temps. Elle a les dents serrées, Misia. « Pour m’allonger. », cède-t-elle, sachant bien qu’elle n’a pas vraiment le choix, mais qu’elle veut pouvoir lâcher en se sachant soutenue, pour le moment.

Une fois posée sur le matelas, elle souffle, fixe un temps le plafond avant de regarder Elliot : « Merci. » Un sourire éclaire son visage, sincère, reconnaissant. Elle est moyennement heureuse qu’il la voie dans cet état, mais elle se dit qu’elle ne peut pas être indestructible et forte constamment. Elle n’explique pas plus : les contusions et les plaies qui ont déjà commencé à cicatriser parlent pour elle. Et pour les blessures anciennes et profondes, elle gardera ça pour elle. « Je me fais trop vieille pour ces conneries. », elle râle, avant d’ajouter : « Par contre, tu ferais mieux d’arrêter de me donner du sergent. C’est fini, ça. » Finie l’armée. Fini le grade. Finie la hiérarchie. Et puis il lui semble trop jeune pour avoir faire l’armée, songe-t-elle. Il a la vingtaine, tout juste, imagine-t-elle, incapable de dire vraiment l’âge du jeune homme ; alors ça lui fait bizarre d’entendre Rover l’appeler par son grade, ça lui semble tellement impersonnel dans un monde qui leur a déjà ôté une part d’humanité. « Appelle-moi Misia. Ou Sacks, à la rigueur, si tu préfères. » Sacks, c’était comme ça qu’on l’appelait dans l’armée, parce que Sacramoni c’était trop long, que « sergent », c’était pour les missions où ça partait en couille, ou les réunions avec des supérieurs, et qu’on n’était pas sur la base des prénoms dans la division où elle était formée, puis avec qui elle était partie en Irak. Sacks, c’est ce que lui donnent aussi certains membres de la brigade de surveillance externe, quand ils sont encore loin d’être proches. « Et donc comme ça, t’as voulu jouer à la forte tête avec Alicia, pour qu’elle te dise de rester allongé dans ton lit ? », elle a le coin des lèvres relevé. Elle est loin d’être dupe, Misia : le corps qui irradie comme si elle allait exploser, mais elle se concentre sur Rover, sur ce qu’elle lui dit, d’une voix inégale, parce que si elle s’en détache, elle est bonne pour simplement ramasser, et ne plus penser qu’à ça, ce qui serait quand même bien bête.

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